Je retranscris ici par écrit l'hommage à mon père rendu au temple ce jour, en français et en anglais.
Thank you for everything Dad.
L’un de mes souvenirs les plus chers avec mon père est celui de nos petits-déjeuners, chaque matin avant l’école. Nous étions tous les deux matinaux, une habitude qu’il encourageait. Il me répétait souvent : « L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ». Si vous connaissiez mon père, vous saviez que ce n’était pas qu’une simple expression ; il l’incarnait pleinement. Qu'il s’agisse de se lever à l'aube pour aller travailler au réacteur, ou d'une balade à vélo matinale pour nous emmener, Suzanne, Natasha et moi, voir décoller les petits avions au Versoud, mon père a vécu une vie faite d’ardeur au travail, d’amitié et d’une véritable curiosité pour le monde qui nous entoure.
Pendant que mes sœurs et moi grandissions, la disponibilité de mon père était généralement dictée par le réacteur à neutrons de l’ILL. Lorsqu’il était en fonctionnement, mon père travaillait les nuits et les week-ends avec un dévouement qui était à la fois admirable et, il faut bien le dire, assez agaçant. Mais quand le réacteur était à l’arrêt, il était beaucoup plus présent.
Il m'a fallu des années pour comprendre ce qu'il y faisait réellement. L’un de mes plus beaux souvenirs remonte à 1996, lorsque je l’ai rejoint pour un tour du monde, juste lui et moi, avec une escale d'une semaine à Seattle pour une conférence de cristallographie. En le voyant dans son élément, entouré de ses amis et de ses collègues scientifiques, j’ai compris que son travail n'était pas qu'un métier ; c’était une quête scientifique commune pour comprendre le fonctionnement de notre monde.
Il voulait que nous soyons capables, tant avec notre esprit - il nous disait chaque matin en nous déposant à l'école : « Travaillez bien et faites vos calculs sans faute » - qu'avec nos mains et nos corps. Il croyait fermement aux bienfaits de l'activité physique. Il nous traînait régulièrement toutes les trois en randonnée, ce que nous contestions vigoureusement à l’adolescence, et il nous emmenait faire du ski alpin jusqu’à ce qu’il finisse par admettre qu’aucune de nous n’était vraiment douée. Mais il n'a jamais baissé les bras ; il a simplement essayé de nous faire faire du ski de fond - et, à notre grande surprise, nous avons toutes les trois fini par adorer ça.
Il avait une facilité naturelle avec les gens, se faisant des amis aussi bien dans ses groupes de marche et avec ses voisins qu’avec ses collègues. Il avait un côté profondément tendre et aussi très amusant. Je n'oublierai jamais, quand nous étions toutes petites, la façon dont il découpait toutes sortes de formes dans les pommes au moment du dîner ; nous étions ravies de recevoir nos petits carrés, triangles ou rectangles de pomme. C'était un petit geste, mais c'est ainsi que je me souviens de lui : un homme d'une grande intelligence qui prenait le temps de créer quelque chose de spécial et de joyeux pour nous.
Il adorait courir, bien sûr — une passion que je n'ai découverte qu'il y a quelques années, bien après qu'il ait lui-même arrêté. Je pense que j’étais secrètement envieuse de toutes ces coupes qu'il gagnait chaque année en courant jusqu'au Sappey pour sa course préférée.
Quatre jours avant son décès, j'ai couru mon premier marathon. Dans ces derniers kilomètres épuisants, quand tout mon corps me hurlait de m’arrêter, j'ai dédié chacun des derniers kilomètres aux personnes que j’aime, simplement pour tenir bon. Les kilomètres 39, 40 et 41 étaient destinés à mes deux enfants et à mon mari. Mais pour cette ultime étape — le kilomètre 42 — j'ai choisi mon père.
Quand j'ai senti que je n'avais plus rien en moi, c'est la pensée de lui, et plus particulièrement de sa force et de son courage tout au long de ces dernières, terribles années qui m'a permise de franchir la ligne d’arrivée.
Papa, je ne pense pas que j’arriverai à te rattraper, mais je suis tellement reconnaissante pour les valeurs que tu as partagées avec Suzanne, Natasha et moi. Je continuerai à travailler dur, je continuerai à essayer de faire mes calculs sans faute, et je t'emmènerai avec moi chaque fois que je lacerai mes chaussures.
Merci pour tout.
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English version below
One of my fondest memories with dad is having breakfast every morning with him before school - we were both early risers, something he encouraged. He’d often tell me during those early breakfasts that "The early bird gets the worm". If you knew my father, you knew that wasn't just a saying to him - he lived and breathed it. Whether it was getting up early to go to the reactor for work, or a morning bike ride to take Suzanne, Natasha and I to watch the small planes take off in le Versoud, Dad lived a life of hard work, friendship and a genuine curiosity about the world.
When my sisters and I were growing up, Dad’s availability was usually dictated by the ILL neutron reactor. When it was up, Dad worked nights and weekends with a dedication that was both awe-inspiring and also quite annoying for us. But when the reactor was down, he was much more available.
It took me years to understand what he really did there, and one of my fondest memories was in 1996, when I joined him for a trip around the world, just him and I, with a week-long stop at a crystallography conference in Seattle. Seeing him in his element, with his friends and scientist colleagues, I could see his work wasn't just a job; it was a common scientific endeavor to understand how our world works.
Dad wanted us to be capable with our brains - he would tell us “work hard and get all your sums right” every morning when dropping us off to school - and also encouraged physical activity. He regularly dragged the three of us on hikes we usually protested as teens, and took us downhill skiing until he realized none of us were exactly naturals. But he never gave up on us; instead he pivoted, taking us cross-country skiing instead—and surprisingly enough, all three of us actually enjoyed it.
He had an effortless way with people, making friends in his walking groups and with neighbors as easily as he did with colleagues. He had a deeply tender and also entertaining side to him. I will never forget, when we were really small, how he used to cut out all sorts of shapes from apples at dinner time, and we’d be delighted to each get little squares, triangles or rectangles of apple. It was a small gesture, but it’s how I remember him: a man of great intellect who took the time to make something special and fun for us.
He loved running, of course - a passion I didn’t actually pick up until a few years ago, well after he had stopped. I think I was envious of all those cups he won while running up to the Sappey every year for his favorite race.
Four days before his passing, I ran my first marathon. In those final, grueling kilometers, when my whole body was screaming to stop, I dedicated each of the last kilometers to people I love, just to keep me going. Kilometers 39, 40, and 41 were for each of my two children and my husband. But for that final stretch - kilometer 42 - I chose Dad.
When I felt like I had nothing left, the thought of him, in particular his strength and fortitude through all these last, terrible years is what carried me over that finish line.
Dad, I don't think I’ll ever truly catch up to you, but I’m so grateful for the values you shared with Suzanne, Natasha and I. I’ll keep working hard, I’ll continue to try to get my sums right, and I’ll carry you with me every time I lace up my shoes.
Thank you for everything.